Au pays de Brel (7) : Bruges et les environs
Auteur : Jean-Guy Daigle
«Visiter Bruges, c’est s’embarquer pour un XIVe siècle flamboyant, à l’instar de Venise ou de Florence. La ville, résidence du comte de Flandre, l’un des plus puissants seigneurs d’Occident, était alors le centre marchand le plus actif du Nord de la chrétienté. Enserrée dans ses canaux et ses rues pavées, l’architecture de Bruges est le fruit de cette opulence passée, avec ses halles et son beffroi, ses maisons de briques et de bois aux fiers pignons à redents.» Anonyme sur Internet
Bruges, une des merveilles de la Flandre, nous attend en ce jeudi 13 mai. De bonne heure pour s’assurer d’être de la Procession du Saint-Sang, se déroulant une fois par année à l’Ascension avec places réservées s.v.p. par l’amie Céline. Bruges, capitale européenne de la culture en 2002 faisant partie aussi du patrimoine mondial depuis 2000, surnommée aussi la «Venise du Nord», se chicanant sans doute avec Amsterdam pour cette appellation. Peut-être le point culminant de notre virée printanière. J’avoue l’avoir arpentée en tous sens, je suis donc en mesure de dire que sa renommée ne se dément pas.
Une procession que nous allions voir défiler devant nous — et nous étions des milliers toutes générations confondues — dans le même émerveillement. Cela me rappelait un peu les défilés d’antan de la Saint-Jean-Baptiste mais sans doute pas comparable à cause de la grandeur de l’événement d’ici. Plus de mille cinq cents figurants de tous âges. N’ai jamais vu un spectacle aussi flamboyant en couleurs, en surprises de toutes sortes, deux heures durant. Il s’en est pris des photos et je ne fus pas en reste — voir le site — et j’aurais pu en sélectionner le triple facilement. L’Ancien et le Nouveau Testament au centre des principaux tableaux vivants du défilé, encore fallait-il avoir un minimum de connaissance relative à l’histoire sainte pour l’apprécier à sa juste mesure. «Suit un cortège de marchands et de métiers du Moyen Âge, qui précèdent Thierry d’Alsace ramenant la fiole du Saint-Sang de Jérusalem. La Procession du Saint-Sang perpétue une tradition vieille de huit siècles, qui mêle tableaux historiques et ferveur religieuse». Un seul pépin, nous a confié une résidente le jour suivant : la hiérarchie catholique était quasi absente pour ne pas être trop pointée du doigt suite à la démission récente de l’évêque de Bruges pour cause de pédophilie. Cette parade s¹est complétée par la bénédiction avec la fiole du Saint-Sang en face de l’Hôtel de ville qui jouxte la basilique du Saint-Sang.
Cette ville qui a gardé des allures médiévales a beaucoup à nous montrer. Les journées qui allaient suivre seront bien remplies pour la découvrir dans toute sa beauté et ses particularités. La Grand-Place, centre névralgique de la vie, attire d’abord toutes les cohortes de touristes que nous sommes. J’y reviendrai à différentes occasions pour sa magnificence selon le moment du jour. Tout autour du beffroi — qui ne nous est pas venu à l¹idée de monter pour voir de haut le paysage environnant — et des Halles, le Palais provincial et le Bureau de poste, une rangée de maisons à pignons de style différent typiques d¹une certaine époque. Et dans le Burg pas très loin, l¹Hôtel de ville dont l¹architecture n¹est pas vilaine,tout près de la basilique du Saint-Sang, du Palais de justice, etc. La cathédrale Saint-Sauveur de style gothique dans ses parties principales n’est pas sans attrait : chaire, orgue, tapisseries, tableaux, vitraux, statues, chapelles, autel de marbre, candélabres de cuivre argenté, etc. Il faut en voir une autre pour comparer : l’église Notre-Dame où reposent Charles le Téméraire et sa fille Marie de Bourgogne et qui abrite également la sculpture de la Madone de Bruges réalisée par nul autre que Michel-Ange. Visité ici encore le béguinage, lieu riche en silence, en quiétude, idéal pour le repos, la lecture, l’écriture, la méditation. En ce lieu, Robert de s’exclamer en philosophe : «Chercher le beau et le vrai, ça tout l’air de se compléter!»
Le lendemain, excursion en bateau de Bruges jusqu’à Damme, village du livre. La promenade à elle seule sur le canal (Damse yaart) valait le détour, le temps de découvrir le plat pays de Brel. Le temps d’observer aussi les poules d’eau avec leur jeune progéniture qui se dandinaient joyeusement sur les bords du canal. C’est nous au bout du compte qui allions déranger la quiétude du village où il y avait une foire du livre. Des étals installés devant la maison de l’office du tourisme et deux librairies de livres usagés et peu en français, pas de quoi me réjouir outre mesure à vrai dire, moi un habitué des librairies ou des ventes de livres de seconde main. De retour à Bruges pour visiter le musée Memling dans l’ancien hôpital Saint-Jean. Hans Memling, qu’on situe dans les peintres primitifs flamands, fut mésestimé un certain temps mais redécouvert depuis peu. Remarquable par la simplicité et la finesse de sa peinture.
Journée libre à Bruges le dimanche 16 mai. Je propose à Réal une marche qui allait nous conduire dans une église pour la messe en latin avec chorale concélébrée par des Carmes qui ont pris la charge de la paroisse Saint-Joseph. Nous allons croiser d’autres églises toutes sous clé, la maison de l’opéra; nous allons même nous arrêter dans une galerie d’art (Alter Ego), le temps pour la proprio très sympathique de nous accueillir et nous entretenir de ses artistes. La faim se faisant sentir nous commande une pause bienvenue au «restaurant et Tea-room Jan Van Eyck» dans le quartier de la Hanse. C’était dimanche et pourquoi ne pas se payer un bon dîner, avons-nous convenu Réal et moi. Une table à l’intérieur aux côtés de Jenny S. et de Carmen sa nièce. Une brugeoise de 80 ans et un peu plus qui me fit goûter à sa tarte aux pommes rehaussée de crème fouettée et glacée. Qui poussa sa gentillesse à nous laisser son adresse si nous étions un jour pris dans un imbroglio quelconque. Qui nous laissa une parole inspirante pour notre journée. C’est elle qui nous avait mis la puce à l’oreille concernant le malaise du clergé local pour la procession. En bout de ligne, nous confia-t-elle, «c’est la bonté des cœurs qui compte». Un arrêt qui en valait la peine au Musée du Chocolat, avant d’aller retrouver Thérèse et Claire dont nous prenions charge en après-midi après Aline et Robert. Nous allions leur faire découvrir les beautés du parc Astrid, nom d’une reine : des plates-bandes de tulipes encore en vie, un étang avec sa fontaine en action et des cygnes qui s’y baignent, un kiosque pour abriter les amoureux advenant du mauvais temps et en toile de fond derrière les immenses marronniers, l’église Sainte-Madeleine dont le transept a été converti en scène de théâtre. Réal est aux commandes de la chaise de Claire et se sent d’attaque pour longer le canal jusqu’au parc Minnewater près du béguinage avant de revenir au port d’attache, l’Hôtel Floris Karos. Une bonne partie de la gang en fin de journée allait se retrouver au balcon de la chambre de Nicole et Guy pour déguster du bon vin. Un excellent souper allait clore notre séjour à Bruges. Je vous invite à visionner une sélection de photos sur le site À suivre.
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