Pensées de l’Agenda Espaces 50+
Jeudi, 1 janvier 2009
Pensées tirées de l’agenda Espaces 50+
2005
« Le tact dans l’audace,
c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin.»
Jean COCTEAU
OSER
Contrairement aux apparences,
la maturité nous laisse plus libres d’oser.
Moins à perdre et plus à gagner,
tel est le beau risque de l’âge.
Cette semaine, j’ose dire ma façon de penser,
j’ose tenter cette expérience, j’ose choisir l’imprévu.
Ma vieille outre accepte l’irruption du neuf;
je retrouve les goûts de l’aventure aux quatre coins de ma vie
Comment pourrais-je tomber sur l’inespéré
si je n’ose pas l’inattendu ?
Je n’écoute que mes désirs
et non la rumeur.
Le mur se fait porte ouverte sur mon monde et ses rêves,
et je défriche un chemin, mon chemin,
à grands coups de trouvailles et de peurs surmontées.
J’ose à nouveau le nouveau, à ma grande surprise.
C’est le temps où jamais de commencer.
ÉLARGIR L’HORIZON
Plus j’avance dans la vie,
plus les horizons reculent,
car les pays … sages sont plus vastes,
les perspectives plus larges, le réel plus vrai,
les autres merveilleusement plus différents et familiers,
humains par et malgré leurs travers.
L’horizon, de moins en moins une limite.
Plus j’avance dans la vie,
plus mes œillères devraient tomber,
mes yeux s’ouvrir, surpris et gourmands,
écarquillés et compréhensifs.
rieurs, parfois aux larmes.
L’horizon, de moins en moins une borne.
Plus j’avance dans la vie,
plus j’accepte et plus j’engrange,
avide et tolérant, ouvert et disponible:
après tout, avant tout, pourquoi pas ?
L’horizon, de moins en moins une ligne de fuite.
Plus j’avance dans la vie, plus je mets en perspective,
mieux je prends en compte la source et le drame,
le contexte et le texte, le dit et le non-dit,
mieux je pressens et devine la discrétion douloureuse des secrets,
mieux je démesure et pèse justesse et justice.
L’horizon, de moins en moins un verrou.
J’avance dans la vie,
et de plus en plus, je me fais mes horizons.
ÊTRE AUTONOME
Aliéné est celui qui est la possession de l’autre,
jouet ou victime, cible et proie,
au point d’y perdre son identité et sa différence,
sa personne et son sens.
Aliéné, du latin alius, l’autre.
Pour qui se prend-il ?
Par qui est-il pris ?
Occupé ? Préoccupé ?
Conquis ? Manipulé ? Séduit ?
Être autonome : penser, décider, choisir, agir, vivre par soi-même,
Sans que l’autre envahisse tout le territoire mien, jusqu’à la confusion.
Sur mes bases, avec ce qui m’appartient ou que j’emprunte,
comme je l’entends, avec des erreurs qui sont miennes, et des échecs que j’assume, dans mes couleurs à moi et selon mes goûts et dégoûts.
Dites oui et rappelez-moi votre nom.
Faire de soi un pays souverain,
par référent d’homme ou de femme…
« Le véritable avenir, c’est aujourd’hui.»
Miguel de UNAMUNO
Je ne serai jamais en retrait, en retraite de la vie.
Toujours de l’avant, par delà l’étrave et la proue, à guetter l’avenir,
avec des vagues de projets qui me débordent,
m’enlèvent les bords de mes craintes
et me lavent de mes obsessions d’horaire.
Le bateau fait sa route sous les vents d’aventure,
avec les cartes, celles du hasard et celles de la géographie,
et les voiles se tendent pour aller chercher la mouvance motrice,
La peau me cuit, ou j’ai parfois mal au cœur,
à force de soleil et de tangages.
Mais je tiens bon nos caps,
guettant des amériques nouvelles,
de l’autre côté des Indes.
J’épie mes sondes attentives
et surveille mes étoiles pour les garder bonnes.
Quoi, le capitaine est trop vieux ?
Il n’y a pas d’âge, imbécile moussaillon, pour grandir et rêver,
loin des sirènes nostalgiques et des regrets gâteux.
Seuls mes projets me tirent par l’avant et me servent d’équipage.
«Ils ne savaient pas que c’était impossible,
alors ils l’ont fait.»
M.A. BAKOUNINE
RÊVER
Savoir deviner le chemin derrière la muraille
et sous les pavés, la plage,
percer la croûte et la coquille
pour dégager la chair essentielle,
croire aux miracles
et faire s’envoler plus lourd que l’air,
regarder les lunes jusqu’à tenter de les rejoindre,
dépasser les contraintes et l’apparence,
espérer le bout de nos tunnels
et enfreindre nos pudeurs mentales,
se jouer des habitudes qui nous ornièrisent et nous encarcanent,
dérouter la routine et fuir la répétition.
Le cheval vole, et c’est Chagall.
La plume trépigne au-dessus des clavecins, et voici Bach en menuetto.
Les groseilles fondent en gelée, et grand-mère me gâte.
Des travailleurs luttent, et la vie s’améliore.
Quelque part, quelqu’un dit non et la pensée se met à penser.
Dépassez son nez, et vous frapperez Cyrano au cœur.
La main se dégage de la boue, et c’est Camille Claudel.
Je rêve de vous, Madame, et ce sera l’amour, si vous rêvez aussi.
Je rêve de nous, les aînés,
et ce sera, tôt ou tard, la révolution,
nouvelle, seconde et tranquille.
Loin des préjugés du réalisme et des limites du possible,
par grands élans, à coup de grands refus,
découvrir, inventer, créer,
changer.
Et rêver d’abord.
Verbe baveux :
ON RÉCOLTE CE QU’ON S’AIME.
Le thème de février
VIVRE
Passer ou dépasser le temps ?
C’EST LA VIE
Ça donne et ça redonne
en profusion :
la vie est un prêt.
Ça respire et ça ventile,
à la forge du temps :
la vie est un souffle.
Ça se cultive et ça se protège,
de semailles en récoltes :
la vie est un jardin.
Ça bouge et ça saute,
au défi de l’équilibre :
la vie est une danse.
Ça joue et ça rit;
la peau aime le poème :
la vie est une fête.
Ça passe et ça continue,
en dépassant les morts :
la vie est un héritage.
« J’avance dans l’hiver à force de printemps.»
Prince Charles de LIGNE
À TROIS TEMPS
Il y a le temps qui court et qui fuit,
celui de l’usure et de l’entropie,
qui vieillit et qui finit mal.
Entre temps,
nous suons à gagner ce temps
et y perdons la vie et son sens.
Il y a le temps de la répétition,
le temps du cycle et des clones,
de la chaîne de reproduction
et des «chaplins» enchaînés de la modernité.
Le temps du même,
uniforme et standardisé,
mesurable, universel.
Le temps qui nous consume et rabote,
à coup de limites d’âge.
Le temps qui recommence.
Il y a aussi, peut-être,
enfin, pour être,
le temps qui commence
et n’en finit pas de commencer.
Temps de création et de découvertes,
d’ouvertures et de gratuité,
de dons en cascades
jusqu’à leur centuple.
Le temps qui fidélise
car l’éternité est un printemps fidèle;
celui qui rend Sisyphe heureux.
« Quand j’étais jeune, on me disait :
Vous verrez quand vous aurez cinquante ans.
J’ai cinquante ans, et je n’ai rien vu.»
Erik SATIE
L’ENFANCE À REMONTER
Dieu, semble-t-il, n’aime que les enfants
et refuse aux adultes l’accès à son royaume.
Avertissement à prendre au sérieux.
Des religions animistes
voient dans le bébé naissant
le relais du vieillard qui vient de mourir.
Symbole à méditer.
En vieillissant, nous déplorons parfois
nos pertes et nos oublis,
nos défaillances ou négligences
et d’autres ne manquent pas de railler
nos retombées multiples en enfance.
Et si nous y remontions
comme en amont,
vers la source et les matins de la vie,
vers l’origine et le sens premier ?
« J’ai mis longtemps à devenir jeune.»
PICASSO
DEVENIR JEUNE
Picasso a débuté par la tradition,
où l’apprenti se fait copiste
et tente d’imiter le maître,
pour se donner la chance de le devenir à son tour.
Jeune, et non éternel adolescent,
d’une acné à l’autre.
Jeune , c’est-à-dire disponible,
assez ignorant pour vouloir savoir,
assez intelligent pour douter,
assez ouvert pour découvrir,
assez modeste pour oser l’invention,
assez sage pour ne pas l’être.
Jeune, c’est-à-dire sur le départ,
de commencement en commencement :
dis-moi tes débuts et je te dirai d’où tu fais signe à la vie.
La jeunesse, non un état, mais une conquête;
au coin de la vie, l’aventure et les déshabitudes.
Et jusque tard dans notre âge,
préférer le matin des départs
à la nostalgie des retours en soirée.
Savoir vieillir, et d’abord se lever.
LES SENS DE LA VIE
« Comme le veut l’adage, il y a un âge pour tout. Mais ça dépend de ce que l’on entend par là. il n’y a pas un âge pour tout prendre sur son dos et un âge pour ne plus rien prendre du tout ; il n’y a pas un âge pour se brûler et un âge pour faire semblant qu’on ne l’est pas ; un âge pour anticiper la retraite et un âge pour la retraite anticipée. Si on faisait sauter les barrières qu’on a placées entre les âges, peut-être pourrions-nous éliminer celles que nous mettons dans notre âge. Ainsi de la jeunesse à la vieillesse, de la naissance à la mort, nous pourrions cheminer sans rupture, sans cassure, un pied devant pour tirer et un autre derrière pour pousser, comme il se fait quand on marche. Et le véritable âge d’or, celui qui commence dans la force de l’âge, pourrait se poursuivre en douceur jusqu’à son déclin, que seule la mort peut confirmer. »
Guy FERLAND
Journaliste et syndicaliste, Guy Ferland est mort brutalement, sur l’autoroute, et tout seul, comme un grand, le jour de ses 68 ans. Il nous a laissés dans le chagrin de sa disparition, mais avec le mandat de continuer son oeuvre de vérité. Je voulais ici lui rendre hommage.
J. C.
PRENDRE SOIN DE SOI
Patients ou bien portants ?
SE SOISIR …
Dans la plupart des situations,
personne n’est plus négligé que soi.
Parce que les autres et leurs soucis
nous dérobent tout notre horaire;
Parce qu’on nous a appris, mal appris,
qu’il était égoïste de ne penser qu’à soi.
Parce que les pires raisons sont toujours les bonnes.
Et si, pour une fois,
nous renversions la vapeur et la tendance,
en faisant du souci de soi
la première de nos priorités !
Même les autres y trouveraient leur compte.
« Brûlez de vieux bois,
buvez de vieux vins,
lisez de vieux livres,
ayez de vieux amis.»
Alphonse XI, roi de Castille.
PRENDRE PLAISIRS
Les plaisirs, les vrais,
ne poussent pas dans les arbres.
Il faut les vouloir et les rechercher,
les apprivoiser pour en saisir l’occasion.
Royalement, tel est notre bon plaisir,
parce que nous le voulons,
majestueux.
S’il te plaît, faisons-nous plaisir,
n’en déplaise aux mauvais plaisants,
je me plais à le dire
pour faire durer le plaisir.
Mettons du bon cœur
à nous prendre en plaisir,
par les sens et en esprit,
si possible les deux ensemble,
prendre son pied sans perdre la tête.
Au plaisir de vous revoir !
PRÉVENIR
Un humain prévenu en vaut deux :
imaginons d’ici la différence,
en termes de qualité et d’espérance de vie.
Avec moi, avec toi, nous nous montrons prévenants.
Nous ne pouvons être indifférents aux précautions ;
question de devancer le mal pour l’éviter,
pour maîtriser notre mémoire du futur.
Souviens-toi de ce qui pourrait s’en venir
pour éviter que ne survienne l’imprévu,
avec ses désagréments, ses coûts et ses coups,
ses souffrances et notre vie raccourcie.
Voir venir les gros nuages
pour éviter leur venue.
« Ce n’est pas les médecins qui nous manquent,
c’est la médecine.»
MONTESQUIEU
MENS SANA IN CORPORE SANO ?
L’esprit ne peut être sain
que si le corps est en santé,
et réciproquement.
Du moins, en le disant, doit-on penser aux exceptions…
Non pas cercle vicieux,
mais va-et-vient dialectique,
où la santé physique répond de la mentale
et inversement.
Trop obéissant, trop dépendant,
je refoule ma vocation
et me retrouve cancéreux.
Ou, mauvais exemple, une carie négligée
me détruit les dents et l’humeur.
Maladies-langages.
Corps ET âme,
l’un ne va pas sans l’autre,
qui font de nous des êtres humains.
POUR UNE VIE DE QUALITÉ
Je veux une vie qui vaille la peine
et qui travaille les joies,
non par défaut, mais par fidélité de sens.
Une vie de qualité exige une qualité de vie.
Et pour cela, préfère le sobre et le simple:
la modération a bien meilleur coût.
Évitons le fast-food et le fast-think,
obésités du corps et de l’esprit.
Une vie de qualité
me qualifie pour l’épreuve du bonheur.
DOUCEURS ALTERNATIVES
La vie fait un bon traitement de l’humain,
quand elle évite la grande surface des marchés
pour préférer d’autres ruelles,
moins rapides et plus naturelles,
plus douces et moins coûteuses.
Ce sont les humains
qui maltraitent le vivant,
jusqu’à le compromettre
par engraissements et clonages,
forçages génétiques et autres tripotages.
Respirer, espérer,
mêmes chemins et mêmes droits,
par décontractions dilatantes.
Retrouver la voie des douceurs débonnaires,
à force de patiences durables
et de désirs indulgents,
d’une diastole à l’autre.
On ne saurait maîtriser
les épousailles de la vie.
RENCONTRER
Fraternels ou misanthropes ?
NE COUPEZ PAS
La secte est sécatrice;
elle isole et sépare.
La secte est un ghetto.
La religion est reliante;
elle réunit et rassemble.
La religion devrait être un carrefour.
Pour rencontrer,
d’abord ne pas contrer,
ni contrarier, ni contraindre.
Il sera toujours temps
de débattre et discuter,
pour dégager du commun.
Exil ou fraternité ?
Dis-moi ta préférence,
et je te dirai si tu vaux le détour.
Aux dégelures d’avril,
découvre donc le fil
qui te mène à l’autre,
comme un courant,
d’eau, d’air et de lumière.
Au nouveau printemps de ton âge.
Verbe baveux :
TOUTE PEINE MÉRITE SALE AIR.
«Les habitudes de la vieillesse
ne sont pas de moindres obstacles pour notre salut
que les passions de la jeunesse.»
Mme de LA SABLIÈRE
LES AUTRES ÂGES
Aucune société ne se développe,
qui ne favorise pas le brassage
des âges et de leurs différences.
Qui méprise les aînés
méprise son avenir
que l’âge lui fera un jour traverser.
Qui méprise les jeunes
méprise aussi l’avenir
qui surgira après lui.
L’adulte, achevé ou accompli ?
Tout dépend de ce qu’en pensent les autres âges,
en leur adolescence ou maturescence,
à la fleur ou dans la force de l’âge,
de chaque côté des conformismes.
L’âge est un pays qui bouge.
« Nous découvrons en nous-mêmes
ce que les autres nous cachent
et nous reconnaissons dans les autres
ce que nous nous cachons nous-mêmes.»
VAUVENARGUES.
LES AUTRES CULTURES
Ma Petite-Patrie est une grande planète.
Un français gueule dans la ruelle
et réveille un italien assoupi.
Le dépanneur est vietnamien
et mon voisin un métissage d’Europe en Haïti.
Ma femme vient de Granby,
et mon plombier revient de Floride.
Une grand-mère russe balaie son trottoir,
et sa fille est anglophone.
Ma ruelle est toute mondialisée.
Bigarrure des cultures,
disparates origines,
histoires hétéroclites,
destins en courtepointe,
les multiples formes de la vie
font sa richesse et la nôtre.
Croisements et tolérances,
écoute et bienveillance,
il n’y a pas d’Axe du Mal.
Ma petite planète est une grande patrie.
« Les Français…enferment
quelques fous dans une maison,
pour persuader
que ceux qui sont dehors ne le sont pas.»
MONTESQUIEU
L’ÉTRANGE ÉTRANGER
Immigrant ou réfugié,
voyageur ou touriste de passage,
tous le palestinien ou l’israélien de l’autre.
Jamais d’un camp, tous les jours des deux,
des trois, des cent, des mille.
De ceux qui dérangent et déroutent,
étranges étrangers, civilisés barbares, frères autres,
mauvais genre, genre humain.
Ouvrir sa porte et ses oreilles,
franchir la clôture et passer les douanes,
écouter la différence et tolérer les frontières poreuses,
refuser tous les Rwandas et autres Éthiopies,
abattre les murs à miradors,
défendre le droit des horizons
et la largeur des perspectives.
Métèque ou publicain,
mercenaire ou terroriste,
désarme-toi devant la porte,
entre sous le toit
et célébrons l’univers-père et la planète-mère,
là où il n’y a pas d’étrange étranger.
« La créativité : « Aptitude à produire, dans une situation,
des compositions, des idées, des produits
qui sont essentiellement nouveaux,
et que leur auteur ne connaissait pas auparavant…
Il n’est pas nécessaire que le produit soit parfait… »
P.S. WEISBERG
L’INCONNU ET LE NEUF
Spécialiste en créativité,
elle en avait fait sa carrière,
sa marque de commerce et ses profits.
Un livre avait même paru,
signé de sa main d’experte.
L’âge venant,
le conservatisme l’avait rattrapée;
elle était devenue la doctrinaire de la créativité
et son bébé s’était peu à peu noyé
dans l’eau de son bain d’intolérance.
Sa roue avait vieilli, girouette,
et pirouettes, ses pas de danse.
Elle tentait désespérément de protéger son terrain,
mais les créateurs l’avaient depuis longtemps déserté.
Maintenons vivant l’art
de faire craquer nos outres vieillies
sous l’irruption du vin neuf
et la peur féconde de l’inconnu.
Ça brûle et ça décoiffe ?
Bon signe, signe que nous sommes encore en vie…
CRÉER
Artistes ou conformistes ?
LE HUITIÈME JOUR
Avec toute ces créations, dit Dieu,
je ne suis même pas fatigué,
mais j’ai pris des risques.
Je vois d’avance ce qu’ils vont en faire,
jardin ou désert, d’une latitude à l’autre.
En plus, j’ai inventé la conscience
et je ne peux tout de même pas dire
que je ne savais pas ce que je faisais.
Au premier jour,
ça a fait Big Bang;
ma création commence par un bruit,
dans le silence des espaces.
Adam, Ève, Sisyphe et tous les autres
vont mettre un peu de désordre et de violence,
et des yeux innocents vont pleurer.
Mais je préfère la création au néant.
Et Dieu vit que c’était pas trop mal,
pour une toute petite semaine de boulot.
Verbe baveux :
PARLE M’EN, DES SAGES !
EXPRIMER
Comme on presse un fruit au jardin de l’été,
pour en exprimer tous les sucs et le jus,
pour agréer l’expression des sentiments,
veuillez exprimer l’agrément le meilleur.
En ciselant la tournure des mots,
je m’exprime pour que ça vous dise quelque chose
et qu’à votre tour, vous osiez vous exprimer.
La bonne expression est contagieuse.
Le néant est un réel inexprimé.
Je réalise ce que j’exprime
et Picasso exprimait son époque.
L’expression est un art.
Au carrefour de la création,
image et idée se rencontrent
et signent une entente.
L’expression est une métaphore.
Au rendez-vous de son histoire,
notre visage aîné exprime une vie peu sage,
de ride en commissure.
L’expression est une révélation.
«Tout poème est une mise en demeure.»
Jean CAYROL
HABITER
Quel est donc votre lieu ?
Avez-vous part à quelque part ?
Voulez-vous en déménager ou y demeurer toujours ?
Ma maison me porte,
et je porte ma maison.
Mieux vaut lenteur de tortue
qu’instabilité de lièvre.
Rien ne sert de bougeotter,
il faut habiter à point.
C’est mon habitacle :
j’y ai mes habits et mes habitudes,
mes habiletés et mon adresse.
Chez moi, c’est mon pays
à enfanter, à fréquenter,
à cultiver, à embellir,
comme une manière d’être,
et d’être là.
EMBELLIR
Quand s’assombrit le temps de ta vie,
songes-tu à créer l’embellie ?
Hier, j’ai embelli mon jardin,
ma compagne a embelli son intérieur
et l’âge embellit ce qu’il veut préserver.
Est beau ce qui embellit.
Enjoliver le passé pour en transmettre le sens.
Bonifier le présent pour en faire un cadeau.
Enfanter l’avenir des patiences de l’espoir.
S’il te plaît, dessine moi tes mots
au diapason du poème;
et lève un peu l’abat-jour
pour trouer les nuages.
Verbe baveux :
IMAGES INNÉES ?
IMAGINER
Fantaisie impatiente, frénésie débordante,
anarchie luxuriante, surprise insolente,
sagesses en délire, comme des images interdites.
Icône en dorures,
libertés d’allure :
Julesvernisons l’aventure.
«L’imagination au pouvoir»?
Depuis, les plages ont retrouvé leurs pavés et leur pétrole.
C’est toujours aux dépens de l’imagination
que le pouvoir se cherche une image de marque.
Quelque part, entre Léonard et Prévert,
imaginons la vie qui danse,
Jocondons nos sourires
et farandolons nos âges,
du côté d’Érasme élogeant la folie.
GÉRER
La gouvernance est à la mode
et nos professeurs en dissertent
comme des cordonniers mal chaussés.
Mais soyez votre propre gouverneur :
il vous en coûtera moins cher qu’à Rideau Hall.
Administrer son bien
et soigner son mal,
ni trop ni trop peu.
Voir à ses affaires,
mais sans affairisme, ni affairement.
Régenter sans se prendre pour un roi,
faire crédit à ses rêves pour en faire des projets,
manœuvrer toujours vers la proue,
un œil sur l’horizon, l’autre sur l’écueil.
Garder la spéculation pour l’esprit,
ne jeter l’argent
ni par la fenêtre ni dans la corbeille,
à la Bourse et ailleurs.
Et si vous n’aimez vraiment pas ça,
envoyez-le à Espaces 50 +
pour bon usage citoyen, sans usure…
« L’ordre pour l’ordre
châtre l’homme de son pouvoir essentiel,
qui est de transformer et le monde et soi-même.
La vie crée l’ordre, mais l’ordre ne crée pas la vie.»
Antoine de SAINT-EXUPÉRY
ORGANISER
Il sera toujours temps d’organiser
alors que s’envole l’occasion de l’invention.
Si Madame de Beauvoir avait perdu le manuscrit
des Mémoires d’une jeune fille rangée :
elle aurait dérangé moins de monde.
Une lettre d’amour se perd dans la poste
et j’en perds la raison.
Ranger, classer, grouper, paqueter
des soldats, des papiers,
la vaisselle et mon linge
passe encore.
Mais ranger, ordonner, aligner, serrer
des idées, des rêves,
mes poèmes et ton chant,
ridicule et mortel.
Pourtant je me résigne à ranger
pour y perdre moins de temps, de trésors et de sens
car la vie n’est pas commode.
Mais tu m’invites à sortir
faire du chambard avec les Mémés déchaînées
et je me range… à ta suggestion.
Verbe baveux :
FAUTE DE GRIVES,
ON MANGE DES PERLES ?
ÉPARGNER
L’écureuil, d’instinct, sait l’hiver et ses dénuements.
Non prescience, mais pressentiment.
Il ronge la branche, dégage la noix et la châtaigne,
et les enterre pour plus tard,
quand l’arbre ne fournira plus.
Il entasse et accumule,
épargne et choisit sa réponse à moyen terme.
Il ne sait pas le temps, mais il sait la survie exigeante.
Dis-moi tes épargnes et tes empilements,
biens, santé, réseaux, expériences et culture,
et je te dirai ce que tu pourras faire
de ta retraite et, plus tard, du grand âge.
Ton projet dépendra de tes réserves.
Pas d’autre choix :
si tu veux faire chanter les lendemains de ton avance en âge,
tu dois provisionner ton futur.
« Le temps est un grand maître.
Le malheur est qu’il tue ses élèves.»
Hector BERLIOZ
PLANIFIER
Pour ne pas me perdre, j’ai besoin d’un plan,
avec carte et boussole, indications et points de repère,
codes et scansions d’itinéraire,
en progression par étapes, à l’échelle de mes possibles,
mois après mois, pour toi et moi.
Plusieurs chemins mènent à Compostelle,
mais il en faut, balisés.
Pas de cible atteinte sans tracer sa route,
connaître l’obstacle et savoir le détour,
prévoir l’imprévu pour mieux l’apprivoiser.
Diagrammer les jours et préméditer l’horaire,
projeter l’échéance et charpenter mon cours de vie.
En deux dimensions, dégager la troisième
pour rapprocher l’épure du réel,
à coup d’à-peu-près et de presque rien,
non sur la comète, mais dans ma vraie vie
et pour assurer sa construction,
pour toi et moi et nous.
Pour planer, planifier.
Verbe baveux :
LES VIEUX ONT SOIF
COMBIEN TU T’APPELLES ?
Un, deux, un, deux :
le militaire défile au pas,
uniforme et camouflé,
le fusil en fleur et la crosse agressive.
Avez-vous du crédit ?
Si oui, je compte sur vous,
et votre valeur monte avec l’intérêt.
Avez-vous le bon numéro?
Super 7 ou 7 dollars de l’heure ?
Puissance ou misère ?
Donnez-moi votre nombre :
à 6 chiffres et plus, rejoignez le cercle
des additions ambitieuses.
À moins, attendez à la porte,
et soustrayez-vous.
Calcul : petite gravelle
qui bloque le rein
et fige la douleur.
La vie serait-elle une erreur de calcul ?
LA CIGALE DEVENUE VIEILLE
La cigale, ayant cuisiné et lavé toute sa vie,
se trouva fort dépourvue
quand la retraite fut venue.
Pas une seule petite traite
ni de Régie ni de retraite.
Elle alla réclamer son dû
chez le député qu’elle avait élu,
le priant de lui faire verser
quelque argent pour subsister,
maintenant qu’elle était vieille.
- Tu me le dois, dit-elle,
pour tous les enfants que j’ai nourris
et qui, à force de travail et d’impôts,
vous ont enrichis.
Les députés, bavards et oublieux,
pour la femme âgée ne sont pas généreux.
- Que faisais-tu à la maison,
au lieu d’aller chercher salaire et pension ?
- Nuit et jour, pour tout venant,
je suais, ne vous en déplaise.
- Ah, tu suais…
Eh bien, sèche maintenant !
d’après Jean de La Fontaine.
SE RE-POSER
Gagner du temps à le perdre
LE DROIT AU REPOS
De l’autre côté de la Saint-Jean
s’ouvre la deuxième page de l’année.
Je prends congé
pour reprendre possession de moi
et m’accorde un répit.
En juillet, osons l’effort de la délassitude
et reposons-nous sur des lauriers bien mérités
dans la jachère provisoire de l’été.
Lâchons l’autoroute à grande vitesse,
l’importun n’est plus important.
Je dors, tu rêves à tête reposée,
donne-moi le goût de la sieste,
embrassons-nous tranquilles
sous la frondaison ombragée
et détendons-nous pour mieux nous entendre.
Verbe baveux :
SANS QUE CELA PARESSE
NE RIEN FAIRE
Indolente et paresseuse,
la vacance file en douceur et repose,
au creux de juillet.
Je lézarde par hasard ensoleillé,
au lent rythme des jours qui s’allongent.
C’est tous les jours dimanche,
dansons le slow sans souci, nonchalants.
Au temps de Versailles et des rois empressés,
on appelait «paresseuse»
la perruque postiche qui, instantanément,
coiffait le courtisan tard levé.
Parfois, la paresse raccourcit les délais.
Fainéanter peut être un avantage.
Imaginez Bush ou Rumsfeld décidés à ne rien faire,
désarmés et neutralisés.
Dans leur cas, l’oisiveté serait la mère de toutes les vertus.
Je pratique la pause provisoire
et tu refais tes provisions
avant de prendre un élan nouveau,
sans fièvre ni hâte.
« Penser, c’est dire non.
Remarquez que le signe du oui
est d’un homme qui s’endort;
au contraire le réveil secoue la tête
et dit non.»
ALAIN
PENSER
Penser, du latin pendere, peser.
Penser, ou apprécier
le juste poids des choses,
leur pesanteur et leur densité;
estimer la mesure et le réel
à leur exacte valeur.
Question d’expérience et de jugement, sans préjugé.
Penser à, ou évoquer l’image et le souvenir;
représenter pour soi l’être ou l’idée,
l’ami ou le fait,
la question ou la circonstance.
La mémoire aide à penser.
La pensée est un exercice :
je revendique le droit et le temps de m’entraîner.
Voir Rodin et son Penseur:
c’est un athlète qui servit de modèle.
Plutôt que des arrière-pensées,
je n’en pense pas moins à des pensées par en avant,
qui se plantent en mon fragile jardin
comme des promesses couleur d’avenir.
«-Monsieur a l’air rêveur, dit le veilleur de nuit.
- C’est pas mon genre, dit Pierrot.
Mais ça m’arrive souvent de ne penser à rien.
- – C’est déjà mieux que de ne pas penser du tout,
- dit le veilleur de nuit.»
Raymond QUENEAU
MÉDITER
Pascal pensait la métaphysique,
alors que Descartes la méditait.
Peser le pour et le contre,
première étape qui mène au seuil de la méditation,
qui est un pari pour la vérité.
Méditer, mêmes famille et racine que médecine et re-mède.
La méditation prend soin de nous,
si nous en faisons une cure quotidienne.
Méditer, même monde que la pratique religieuse.
La méditation crée ou découvre
des liens et des rapports,
qu’elle nourrit de sa vérité.
La méditation est un tissage
qui fait la vérité de ce qu’elle vérifie.
Méditer, même élan que la marche et la démarche.
La méditation est un chemin défriché
pas à pas, patiemment,
dans les broussailles de l’inconnu, en espérant la clairière.
Il y faut du temps et du vouloir.
« J’ai un avis à vous donner :
toutes les fois que vous voudrez parler,
taisez-vous ! »
TURENNE à un officier bavard.
ÉCOUTER
Qui n’écoute pas récolte le malentendu.
Faites le 1, appuyez sur le 3, pressez sur l’étoile :
vous pouvez être sûr que personne ne vous écoute.
Raccrochons au plus vite, pour préserver nos voix intérieures.
Sans auscultation, pas de guérison.
Le médecin branche son stéthoscope
à l’écoute du corps et de ses bruits,
pour détecter le désordre et répondre à la menace.
Et pour ce, faire silence.
Si les moines se taisent,
c’est pour écouter la vie qui est si éloquente
qu’elle leur parle d’elle-même.
Examinons une partition musicale :
la portée est souvent pleine de silences,
de pauses et de soupirs,
car la mélodie doit se faire un passage
au milieu des bruits sourds du monde.
L’oreille, premier outil de la pensée.
Visionnaires ou nostalgiques ?
VOIR
En vieillissant, je suis plus sourd,
mais j’entends moins de bêtises,
ce qui est tout à fait supportable.
Mais perdre la vue,
entrer dans la nuit permanente,
ne plus voir les mots ni les couleurs.
Rien de pire que la cécité !
Restent les vues de l’esprit, depuis l’esprit,
à ne pas confondre avec des illusions,
sous réserve de mises au point
et de décrottages mentaux.
La vie est une route
où je conduis en dégageant ma vue,
mais aussi grâce au rétroviseur.
Pour aller de l’avant.
savoir ce qui vient de l’arrière,
condition et nécessité.
Voir, mais surtout regarder,
question de lucidité compréhensive,
avec droit d’examen et d’erreur,
au-delà des apparences et des crédulités.
PRÊTER ATTENTION
La retraite n’est pas une salle d’attente,
mais un champ pour des attentions nouvelles.
Attention, comme priorité.
Et d’abord à soi, de corps et d’esprit,
Pour garder la vie et en assurer la densité.
Attention, comme égard.
Et d’abord à autrui,
plus souvent choisi qu’au travail,
pour m’en donner le soin
et échanger des attentions réciproques.
Attention, comme effort,
en espérant l’inattendu de la vie,
en préférant la surprise de la découverte,
en choisissant le neuf et les commencements.
Je te suis attentionné,
tu m’es attentive
et nous sommes tout attendris.
«Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images.»
JEAN COCTEAU
CONTEMPLER
J’arrête la voiture et son moteur,
je suspends le quotidien et ses bavardages.
Je retraite et prends du recul
au bénéfice de l’âge.
Un paysage ne livre ses secrets
qu’au prix de nos patiences réfléchies :
le contemplatif cherche à comprendre.
Ce tableau ne me regarde
que si je le regarde longtemps,
jusqu’à brouiller mon regard
et dépasser l’instantané :
le contemplatif est un admirateur passionné.
Un enfant naïf rêve en couleurs
par la fenêtre de la classe
et cherche à se surprendre,
un peu au-dessus de soi.
Le contemplatif perd son temps
et vit dans la durée.
Il prend de la hauteur
pour élargir l’angle et la perspective.
Un contemplatif ne pense
qu’à ce qu’il contemple et qui le comprend.
« Souvent, au lieu de penser,
on se fait des idées.»
Louis SCUTENAIRE
MYOPIES
Ce qui nous manque le plus, peut-être, c’est une vision.
Celle qui troue la toile
et trace le point de fuite.
Celle qui panoramise,
agrandit l’angle et recule la borne.
Celle qui prophétise,
et dénonce l’injuste pour annoncer à tous le chemin.
Celle qui révèle,
et met en perspective l’allure et le sens.
Celle qui affecte les presbytes,
vieillards qui ne voient plus que ce qui est loin
et nous en rapprochent.
Celle qui sort de nos cavernes
et ne se contente pas des reflets.
Celle qui enthousiasme et soulève,
pour aborder l’îlot d’Utopie.
Celle qui extravague le projet,
mais assume sa folie, par souci d’espérance.
Verbe baveux :
QUI NE SAIT PAS ÊTRE SEREIN,
EST UN SERIN.
MERCI, MONSIEUR VERMEER.
J’apprécie la transparence d’un vitrage
et la diaphanéité d’un vitrail.
Mais je n’aime pas qui prétend
à la transparence ou à la translucidité.
J’aime la nuance et les détails
et rien d’humain n’est tout noir ni tout blanc.
Tu cherches à penser par toi-même,
et tu fuis le prêt-à-penser aux dépens de la clarté.
Elle est approximative parce qu’elle se veut lucide et juste.
C’est au nom de la transparence que la vérité est travestie.
Les politiciens n’ont jamais tant menti,
les vendeurs de char tant bluffé
et les séducteurs tant chanté la pomme
que depuis qu’ils prétendent à la transparence.
Dans l’atelier du Maître, pas de lumière sans ombre.
L’excès de vertu confine au terrorisme,
celui de la vérité au mensonge.
Il n’y a pas de vérité extrême,
et le réel est en demi-teintes.
Conservateurs ou progressistes ?
ACTEURS
AGIR comme ACTEURS SOCIAUX,
parce que la vie est presque toujours tragique
et qu’il y a trop de voyeurs indifférents.
AGIR comme AGENDA,
parce que la retraite est une imbécilisation
quand elle interdit de faire et de changer.
AGIR comme AVANCER,
parce qu’un arrêt définitif
est un arrêt de mort.
AGIR comme ASSEMBLER,
sur la place publique et pour la chose publique,
enfin déprivatisée.
AGIR comme AUTONOMES,
libérés des dépendances passives
et des séductions dominantes.
AGIR comme AÎNÉS,
de l’autre côté du travail,
avec les expériences de l’âge mûr.
Verbe baveux :
L’ÂGE DORT ?
RETRAITES CITOYENNES
Chaque matin, quitter sa chacunière
pour arpenter la cité et monter vers le Forum
prendre parole pour changer son monde.
Prophétie* citoyenne.
Chaque jour, prendre part et prendre sa part
des difficultés et malheurs
en espérant leur résolution.
Indignation citoyenne.
Chaque jour, exercer sa solidarité
et traduire ses valeurs pour les réaliser.
Dépasser les corporatismes
et faire les liens libérateurs
entre âges et différences.
Travail citoyen.
Chaque soir, s’endormir en se disant
que son pas a été fait
et que Sisyphe est plus heureux,
que le progrès n’existe pas,
mais la justice, un jour, oui,
et quoi qu’on en pense.
Espoir citoyen.
Vieillir pour sa terre et sa ville,
Au cœur de l’altermonde.
Âge citoyen.
*Prophétie : parler pour quelqu’un et parler au futur, même combat
«Entre une pratique sans tête
et une théorie sans jambes,
il n’y aura jamais à choisir.»
Régis DEBRAY
SOLIDARITÉS ?
Quand un ministrion* des Finances ignore
les détournements gérés par son premier ministrion.
Quand un syndicat de boutique
transforme ses droits en privilèges
au détriment même des jeunes.
Quand les morts s’entassent
et pourrissent sans sépulture,
dans tous les Soudans de la planète.
Quand un vieux trotskiste
couche avec toute la haute finance
et transforme en centre d’achats son institution.
Quand un président fanatique
décrète un Axe du mal
et joue les cow-boys au prix de la paix.
Quand chacun pour soi,
au plus fort la poche,
et après moi le déluge.
Quand l’âgisme triomphe,
sans vergogne ni scrupule,
aux dépens de l’avenir.
Quand…
* Ministre histrion, certes, mais commandite aidant, c’est aussi ministre trillion…
LOCALEMENT/GLOBALEMENT
Il est altermondialiste
et écoute son voisin;
elle veut changer le monde
en commençant par son vrai petit monde.
Pas de conscience planétaire
sans enracinement local.
Pas de solidarité mondiale
sans esprit de proximité
Global et local, mêmes combats.
Prochain et lointain, mêmes enjeux.
En bordure de planète,
quelqu’un m’attend dans la ruelle
pour partager sa cour et notre sort commun.
Même longueur d’ondes.
Au bout de ma rue, la planète,
ronde et pleine de coins,
à découvrir et à habiter,
ailleurs, ici, partout.
DÉMOCRATIE
Liberté et tolérance :
la démocratie est une fleur fragile,
à protéger à tous les instants.
Égalité et équité :
la démocratie est un dur défi,
à relever sans répit.
Fraternité et respect :
la démocratie est une école,
à fréquenter chaque jour.
Beaucoup de «démocrates»
n’aiment pas la démocratie;
ils en usent et abusent
pour camoufler leur pouvoir.
La démocratie : à servir,
en citoyens;
et non à s’en servir,
en maîtres masqués.
« Ce que veulent les oppresseurs,
c’est transformer la mentalité des opprimés
et non la situation qui les opprime,
pour que ceux-ci, mieux adaptés à cette situation,
soient mieux dominés.»
Paulo FREIRE
MILITANCES
Quand un humain sur cinq
survit avec moins de 1 dollar par jour,
et un sur quatre avec moins de deux;
quand le cinquième le plus riche
a soixante-dix-huit fois les revenus du cinquième le plus démuni;
quand l’inégalité et la haine
défigurent notre petite planète bleue,
il nous faut partir en partisans
pour plus de justice et moins de pouvoir,
plus de liberté et moins de chaînes,
plus de droits et de citoyenneté.
La guerre est inéluctable,
même non-violente et pacifique.
Pour vaincre et convaincre,
pour restaurer ou rendre,
commencer par rompre et refuser.
Pour faire naître un monde autre et durable,
par actives métamorphoses et mouvements collectifs,
je suis, nous sommes à l’offensive.
Par humeur ? Non. Par nécessité,
en connaissance de fin.
Curieux ou satisfaits ?
APPRENDRE…OU À LAISSER
Chaque matin qui se lève
est une leçon des choses de la vie :
sommes-nous des apprentis sages ?
Voulez-vous rester jeunes ?
Lutter contre les rides mentales ?
les ornières du déjà pensé ?
les répétitions du gâtisme ?
Prendre, apprendre;
ouvrir, découvrir.
Toujours, tous les jours,
un honneur, un bonheur.
Conjugaisons de la vie.
J’apprends une langue nouvelle;
tu suis un cours d’ébénisterie;
elle découvre la botanique;
nous nous initions à l’informatique;
vous retournez à l’école;
ils se savent ignorants.
Exigences et plaisirs :
au lieu de radoter,
il faut apprendre.
Verbe baveux :
LE MIEUX EST L’ENNEMI DU BIEN :
LE VIEUX EST L’ENNEMI DU RIEN ?
AUX AUTRES ET DES AUTRES
Il était naguère un «uni-vers-se-taire»
en mal de créativité.
Comme il nous voyait gâteux,
ex-adultes, demi-séniles et finis,
il imagina le con-cept de gérontagogie.
Comme les dames patronesses
qui ont cru inventer les bonnes œuvres,
le niais nous fit l’aumône de sa nouvelle science :
la géronto-gaga-gogie.
Comme si nous ne pouvions plus apprendre,
comme des grandes personnes et comme tout le monde,
des autres et de la vie,
aux autres et pour leur vie.
L’âge et la retraite ne rendent pas débile,
et la colère gronde contre l’âgisme
et ses chiffres d’affaires,
et ses clients et son marché.
Assez, s’tie !!!
Verbe baveux :
Unis vers Cythère* ?
Ou unis vers se taire ?
LES ADVERSITÉS DU TROISIÈME ÂGE
Créées pour faire et diffuser du savoir,
il arrive, néolibéralisme oblige,
que des universités en mal de marché
deviennent des grands centres d’achats
en quête de notre clientèle.
Moins de jeunes et plus d’aînés :
nous sommes devenus un potentiel commercial,
une part du marché étudiant.
S’inscrire ou souscrire, même objectif :
nos sous d’abord, à tout prix et même au rabais.
Dans un premier temps, prenons soin de nous,
testons leurs produits et comparons les tarifs.
Attention : étalage et publicités trompeuses!
Dans un second temps, collectivement,
faisons valoir nos savoirs de vie
et négocions-en l’échange avec nos vendeurs de cours.
En attendant le retour de l’université citoyenne
et de ses alternatives à naître.
* Cythère : Île de la déesse Aphrodite, celle de l’amour et du plaisir.
ANALPHA-BÊTISES
Je frappe le clavier avec la rage de l’ignorant
qui croit qu’un écran le nargue;
tu redoutes le virus techno,
comme d’autres cassaient les machines nouvelles.
Avons-nous peur des ordinateurs ?
Nouveaux outils logiciels et programmatiques,
nouveaux langages
et nouvelles langues entre les âges :
il faut apprivoiser la bête,
pour en faire maximal usage,
et voyager autour de mon écran.
Je veux apprendre; nécessité vitale
pour rester branché sur les mondes;
courriels ou isolement forcé, au choix.
Mon petit-fils tapote ses messages
et je peux lui répondre en confidences.
Ici, le neuf développe et dilate.
En tout temps il faut nous brancher,
si nous voulons récolter les meilleurs fruits
de notre avance en âge.
« Entre nous soit dit, bonnes gens,
pour reconnaître
que l’on n’est pas intelligent,
il faudrait l’être.»
Georges BRASSENS
DOUTER
Le doute est le commencement de la pensée :
je doute donc je suis.
Remettre en question
ses convictions et ses vérités,
meilleur moyen de leur donner toute leur force.
À chaque jour suffit son doute.
Hésiter, revoir pour repenser,
cent fois sur l’examen
remettre ses réflexions, et les idées reçues :
santé mentale pour être vrai.
L’erreur est moins grave que l’illusion :
douter, c’est déjà savoir.
Dans le doute, abstiens-toi;
mais du doute, ne t’abstiens jamais.
Mémoire vive ou regrets ?
J’AI LA MÉMOIRE QUI CHANGE…
N’attendez pas que je me rappelle.
Il a disparu, j’évoque sa mémoire,
et l’actualise à nouveau.
Oublier l’anecdote et l’accessoire.
Qu’avez-vous mangé hier soir ?
Où était-il dimanche dernier ?
J’ai perdu son numéro.
Comment s’appelle-t-elle ?
La mémoire procède sélectivement,
pour retenir l’essentiel qui nous importe.
Je me souviens :
de celle que j’ai aimée;
de ceux qui m’ont aidé dans la vie;
de ce paysage qui m’a fait vibrer à la beauté;
de cette rencontre qui m’a fait réfléchir;
un souvenir survient et le temps bascule
vers d’autres présences d’esprit.
Non par nostalgie, mais pour demain :
rétroviser ma vie
pour mieux voir par en avant;
et se souvenir d’un pays pour mieux le bâtir.
« Dans le passé,
il y avait plus de futur que maintenant.»
Philippe GELUCK
TRANSMISSION
Témoignage et testament,
même racine et mêmes mots.
Après l’épreuve, heureuse ou dure,
faire et garder la preuve.
À la barre de notre vie,
attester et protester,
même exigence et même devoir.
La mode est à l’oubli
et les éphémères sont les fleurs
d’un esprit léger qui croit le passé dépassé.
Pourtant, l’histoire a souvent bégayé,
reproduisant les malheurs et les drames,
parce que la mémoire avait flanché.
Oublier, c’est répéter et radoter :
la vraie tradition empêche le conservatisme.
La mémoire me revient,
parce que je dois transmettre
les expériences et l’expérience
comme un legs et comme un héritage,
pour féconder la suite de l’histoire
et me relayer au-delà de moi.
« Le temps, ce sculpteur,
qui réussit parfois si bien les têtes de vieux.»
Natalie CLIFFORD BARNEY
PATRIMOINE ET MATRIMOINE
Avez-vous des biens de famille ?
De quoi sommes-nous enrichis ?
Dis-moi tes trésors reçus,
et je te dirai tes valeurs.
Ce qui est sans valeur fait parfois du sens.
Cette chaise bancale, ce livre dépassé,
cet habit désuet, ces fleurs fanées,
ces traditions surannées,
par où passe une histoire et la vie, d’un âge à l’autre.
On ne poubelle pas ce qui fait sens,
on le conserve, on le retraite.
Au fond, je n’hérite que de dettes,
à reconnaître pour les transmettre à mon tour.
Pas d’yeux derrière la tête,
mais les grandes visions ne se démodent pas.
Où sont tapis nos trésors ?
Ali Baba, montre-moi ta caverne de retraité.
Les aînés, en soutenir la valeur patri-matrimoniale,
pour faire d’un risque de charge une chance d’héritage.
« Chacun se dit ami : mais fou qui s’y repose;
Rien n’est plus commun que le nom,
Rien n’est plus rare que la chose. »
Jean de LA FONTAINE
FIDÉLITÉS
Dans la musique des jours,
chercher la haute-fidélité.
Non par principe,
mais pour la magie de l’écoute.
Si la loyauté est une vertu,
la constance est une grande idée :
je fais attention à mes amitiés,
tu soignes tes bonnes habitudes,
il s’attache à un projet de société,
nous avons de la suite dans les rêves,
vous vous baignez dans la même eau
et elles ne croient qu’ à ce qui dure.
Non par paresse ou culpabilité,
mais pour donner une chance à la vie,
en prenant son temps, à travers ses précarités,
et ses péripéties trop provisoires.
Mais oui !
ENTRE PARDON ET PROMESSE
On ne peut revenir sur le passé, dit l’un.
Ce qui est passé est passé, révolu
et je n’y peux rien, plus rien.
Nous transformons l’histoire en savoir,
à défaut de pouvoir rien y changer.
Pourtant, il est une voie sûre
qui peut encore changer l’inchangeable.
Tout en refusant d’oublier,
pardonne au fils prodigue,
chasse tes rancunes contre l’ennemi d’hier,
faisons la paix, veux-tu ?
Nous pourrons mieux vivre ensemble.
C’est en faisant mentir le passé qu’on ouvre un avenir,
peut-être.
On ne connaît rien de l’avenir, dit l’autre,
ce qui est futur est inconnu.
Et je dois l’accepter. Pas d’autre choix.
Nous transformons l’histoire en incertitude,
à défaut de pouvoir nous y repérer.
Pourtant, il est une voie sûre
qui peut encore garantir l’avenir
et dépasser nos angoisses.
Entre nous, passons un pacte,
et nos gages engageront l’avenir.
C’est en nous promettant l’avenir qu’on le réalise,
sans doute.
Heureux ou grincheux ?
ALLÉGRESSES
Franchement, de quoi nous rappelons-nous
qui vaille un signe de mémoire ?
Quels événements sont restés des avènements,
ces jours où quelque chose est arrivé,
pour de bon, pour du bon ?
Sinon les jours de fête,
où la vie nous a réchauffés et ressoudés,
de célébrations en festins,
de grâces en surprises,
loin des trouble-fête.
L’hiver bientôt battra son plein.
Le temps s’en vient
de carillonner la joie du dedans
et de guirlander les jours.
Buvons un verre et viendras-tu danser ?
Même triste, et surtout vieux,
justement pour conjurer le sort
et faire mentir la prédiction,
pour hâter le printemps
et ses mises au monde.
Sous nos manteaux blancs et froids,
un cœur qui bat à la vie.
Verbe baveux :
L’ÂGE PARTI, LES SOURIRES DANSENT.
INCERTAINS SOURIRES
Tu as d’abord fait craquer le peintre :
Léonard a pris son temps et saisi ta bonne humeur.
Joconde moqueuse.
Puis l’âge fait craquer la peinture :
le conservateur grimace
pour que tu gardes le sourire
et ne boudes pas notre plaisir.
Joconde anti-rides.
Mona fait craquer l’amateur d’art
qui la contemple avec le sourire
pour s’y noyer en Narcisse.
Joconde-miroir.
« Il faut rire avant d’être heureux,
de peur de mourir sans avoir ri.»
LA BRUYÈRE
D’HUMOUR ET D’EAU FRAÎCHE
Faites l’humour, pas la guerre :
l’humour est un remède.
Le rire éclaire le visage :
l’humour est une lumière.
Montrer ses dents, pour rire et non mordre :
l’humour est une distance respectueuse.
Pas de plus grand humour
que de rire la vie
avec ceux que j’aime :
l’humour est un juste festival.
SOLSTICE
Vers le 20 décembre, le jour le plus court,
où la nuit est la plus noire,
et puis Noël, fête de la lumière.
Elle a tenu sa promesse
et sa force tranquille est de retour.
Jour après jour, elle fera plus grande annonce,
et chaleur éclairante,
jusqu’au prochain solstice,
voisin de la Saint Jean-Baptiste.
La vie est une nuit
trouée par nos visages lumineux
et les milliards de soleils
nous font des jours à traverser
et des âges à éclairer.
Ma vie, c’est l’hiver, mais à la condition du printemps.
Vieillir, apprendre à devenir jeune, par le dedans.
Du haut de mon âge,
je guette le retour du neuf.
Et vous ?
«La vie est une chose grave.
Il faut gravir.»
Pierre REVERDY
BONHEURS
Dans quelques jours,
l’an neuf nous présentera
ses meilleurs vœux de bonheur.
Être assez rebelle
pour vouloir être heureux;
remonter le courant
pour viser une béatitude,
et en prendre la bonne habitude.
Je suis heureux
parce que tu l’es;
nous nous portons bonheur
et j’y suis pour quelque chose.
Aux petits bonheurs !
Ce pluriel est bien singulier,
car il fait recette.
À chaque jour suffit sa joie.
À VENIR
L’âge est une avancée en soi-même :
le temps est venu de mettre au monde :
et quoi donc ? et qui donc ?
Dis-moi ce que tu veux mettre au monde
et je te dirai l’ampleur de tes horizons;
qui tu peux mettre au monde
et je te dirai si tu es capable de faire grandir.
Nos projets et nos désirs,
avec ceux des autres âges,
sont aussi des enfants à naître.
Le futur, c’est plein d’à venir.
Sens et enjeu :
toute vie n’est que nativité.
Verbe baveux :
L’ÉLAN : DEUX MAINS QUI CHANTENT.
PREND VITE TON ÉLAN.
Suivez-nous!





